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Néron


 J'arrive en calèche. Mon chien se précipite sur moi toutes tripes dehors pour m'accueillir à foison. Dans ses aboiements multi-sonores, je sais qu'il crie mon nom et exprime à mon égard mille propos de bienvenue.Sa joie m'éclate en plein visage et éclabousse tout mon être et je ne peux le contenir ni à hauteur de son, ni a hauteur de vue. Sa queue remue tant d'émotions en moi que nos retrouvailles prennent l'allure de naissance du monde.Et puis, il court. Il court sur la trajectoire de mon regard jusqu'aux pieds rigides et impavides de mon lit qui, lui, me reçoit toujours avec passivité et indifférence. Néron s'empare de la babouche avec l'avidité d'un loup affamé, la malmène, au risque de l'éventrer, pour enfin venir me l'offrir comme un siècle de poésie et de rêves.Puis, telle une tempête qui s'apaise, en empereur romain, il vient s'étendre sur le tapis, dans une posture pleine de majesté et d'assurance. Satisfait de mon retour dont il fait sa fête et la mienne, il se tait. Il ne bouge plus. Le bonheur est là. Pour lui. Pour moi.

Ali Skalli